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Leptodactylus fallax Müller, 1926

FR Français : Crapaud des antilles
EN English : Giant ditch frog, Mountain chicken (locally)
DE Deutsch : Antillen-Ochsenfrosch
ES Español :
Leptodactylus fallax

Classification

Leptodactylus fallax appartient à la famille des Leptodactylidae. Son staut de conservation est "en danger critique d'extinction", codé A2ace.

A2 = Réduction des effectifs égale ou supérieure à 80% constatée, estimée, déduite ou supposée, depuis 10 ans ou trois générations, selon la plus longue des deux périodes, lorsque la réduction ou ses causes n'ont peut-être pas cessé OU ne sont peut-être pas comprises OU ne sont peut-être pas réversibles, en se basant sur a) l'observation directe, c) la réduction de la zone d'occupation, de la zone d'occurence et/ou de la qualité de l'habitat et e) les effets de taxons introduits, de l'hybridation, d'agents pathogènes, de substances polluantes, d'espèces concurrentes ou parasites (UICN, consulté le 27 septembre 2011).

Distribution

Ce crapaud ne vit plus que sur les îles de Montserrat et de la Dominique, où il se rencontre du niveau de la mer jusqu'à une altitude de 430 mètres. Il est déjà éteint à Saint-Kitts, à la Guadeloupe, à Sainte-Lucie, à la Martinique et à Antigua.

Aujourd'hui, il est présent principalement sur les collines du nord de Montserrat, ayant perdu une grande partie de son aire de distribution suite aux éruptions volcaniques, de même que sur la côte ouest de la Dominique.

Ce crapaud affectionne une grande variété d'habitats humides comme les forêts secondaires denses et broussailleuses, les plantations de coteaux, les palmeraies dans les vallées fluviales, les ravins ou les forêts inondées. 

Carte

Description

C'est un grand crapaud pouvant atteindre jusqu'à 21 cm pour les femelles, le mâle étant un peu plus petit. Sa couleur est très variable. Plutôt marron, sa couleur devient plus jaune-orangée sur les côtés du corps et jaune pâle sur les parties inférieures. Les jambes portent souvent de larges bandes noires. Le mâle se distingue de la femelle par sa plus petite taille, mais également par les callosités noires sur ses pouces, qui sont utilisées pour serrer la femelle pendant l'amplexus.

Alimentation

Le crapaud des antilles se nourrit à peu près de tout et de n'importe quoi, du moment que la proie peut être avalée entière. Son régime est très varié et comporte des criquets, mille-pattes, insectes, crustacés, et des petits vertébrés comme les grenouilles, serpents ou autre petits mammifères. Il est très bien camouflé dans son habitat et peut rester immobile de longues périodes en attente qu'une proie passe à sa portée.

Reproduction

Son mode de reproduction est très original. Contrairement aux autres amphibiens qui se reproduisent dans l'eau, le crapaud des antilles se reproduit dans des terriers souterrains d'environ 50 cm de profondeur. La saison de reproduction commence vers la fin de la saison sèche, généralement en avril quand il y a de fortes averses et continue jusqu'en août ou septembre. Au début de cette période, les mâles rivalisent entre eux pour accéder aux sites de nidification en luttant avec les autres et en émettant de bruyants cris. Le gagnant occupe un nid et émet un cri pour attirer une femelle. Une fois un couple formé, le mâle et la femelle s'engagent en amplexus. La femelle est alors stimulée pour libérer un liquide, dont le mâle fait une mousse en pédalant avec ses pattes postérieures. Une fois le nid construit, ce qui dure entre 9 et 14 heures, la mâle quitte le terrier pour le défendre contre les intrus, tandis que la femelle y pond ses oeufs. Une fois les larves éclos, la femelle pondra jusqu'à 25'000 oeufs non fécondés pour nourrir les têtards. Pendant le développement des têtards, la femelle renouvellera continuellement la mousse et ne quittera le terrier que pour se nourir. De 26 à 43 petites grenouilles émergeront environ 45 jours plus tard, coïncidant avec le début de la saison humides et une abondance de proies.

Les femelles ne produisent qu'une couvée par an, alors que les mâles peuvent être le père de la progéniture de plusieurs femelles.

Le crapaud des antilles atteint sa maturité sexuelle à environ 3 ans.

Moeurs

Le crapaud des antilles est terrestre et nocture. Il peut attendre de longues périodes immobile et bien camouflé qu'une proie passe à sa portée. Il peut atteindre une douzaine d'année.

Danger

La population de crapauds des antilles a perdu environ 80% de son effectif depuis 1995 pour cause de chasse, perte d'habitat, catastrophe naturelle et maladie.

La chasse: Sur la Dominique, le crapaud des antilles est largement consommé par les habitants, devenant un plat national. Avant l'interdiction de la chasse, environ 8'000 à 36'000 animaux ont été prélevés dans la nature. Sa grande taille, son cri bruyant et sa tendance à s'asseoir en plein air en font une cible facile pour les chasseurs. Inversement, sa relativement petite couvée, la récolte de femelles dont les têtards sont dépendant pour la nourriture et l'humidité limitent la capacité de l'espèce à se remettre de lourdes pertes.

La perte d'habitat: Le crapad des antilles a perdu de vaste zone de son territoire au profit de l'agriculture, de l'aménagement touristique et d'établissements humains. A la Dominique, l'introduction de nouveaux prédateurs comme les chats sauvages, les chiens, les cochons et les opossums sont une nouvelle menace pour l'espèce.

Les catastrophes naturelles: A Montserrat, l'activité volcanique a depuis 1995 exterminée toutes les populations en dehors des collines du centre de l'île. En février 2010, l'activité volcanique de Soufrière Hills a recouverte de cendre une grande partie de l'habitat du crapaud, menacant encore plus cette espèce d'extinction.

La maladie: Ce crapaud est vulnérable à la chytridiomycose, une maladie infectieuse fatale causée par le champignon Batrachochytrium dendrobatidis. Il s'agit d'un champignon décomposeur du groupe des moisissures. Il décompose les substances cornées de la peau des amphibiens. Cette maladie a été découverte en 2002 sur la Dominique et a depuis gagné Montserrat. 

Protection

Depuis janvier 1998 la Montserrat Forestry and Environment Division, en partenariat avec la Fauna and Flora International, monitore la population de l'île.

En juillet 1999, la Durrel Wildlife Conservation Trust emmenèrent 6 mâles et 3 femelles au zoo de Jersey pour un programme d'étude et de reproduction en captivité. Depuis, d'autres animaux ont été prélevé dans des zones hors-maladies et se reproduisent avec succès dans différents zoos à travers le monde.

A la Dominique, la chasse a été interdite à la fin de années 1990. Cependant, de 2001 à 2003, une saison de 3 mois a été ouverte à la chasse avant d'être totalement interdite. Un programme de sensibilisation du public a également été mis en oeuvre.